Le démantèlement du ministère de la Communauté Marocaine à l’Étranger, même s'il n'est pas fondé juridiquement, a bel et bien eu lieu. Sa suppression, même si elle n'est pas, à notre sens, opportune politiquement, est devenue un fait accompli.

Cette nouvelle réalité constitue une régression regrettable, d'autant plus qu'au plan politique, la communauté marocaine à l'étranger ne sera représentée au Parlement, ni à la première chambre, ni à la seconde chambre.

Témoignages
Selon plusieurs témoignages, la manière dont certains des Affaires étrangères ont procédé pour rayer de la carte ce ministère, laisse beaucoup à désirer et a lésé les secrétaires, les chauffeurs, les chaouchs et tous ceux qui avaient une responsabilité, à savoir quinze chefs de service, cinq chefs de division, un directeur, un secrétaire général.

Du jour au lendemain et sans avis préalable, ni période transitoire, il a été demandé aux chefs de division et de service de rejoindre les Affaires étrangères, mais ils ont été dégradés, dépouillés de leurs responsabilités et ont perdu en conséquence toutes les indemnités y afférent, qui représentent pour beaucoup près de la moitié de leur revenu, avec en plus, un effet rétroactif.

En effet, s'agissant de cette catégorie, et alors que les intéressés n'ont nullement été informés, le nouveau ministère de rattachement a écrit dernièrement à la DOTI (ex SOM) pour l'aviser de la cessation de fonction de ces responsables, à partir du 13 Août 1997. Ceci veut dire que, non seulement ils perdent près de la moitié de leur revenu, mais que logiquement, ils doivent rembourser les indemnités qu'ils ont touchées après le 13 Août 1997.

Le préjudice ainsi causé est grave et réel, en plus de la suppression de l'utilisation de la voiture de service, à laquelle ils avaient droit avec l'essence. Or, ces fonctionnaires ont des familles, ont pris des engagements et beaucoup ont contracté des crédits qu'ils ne pourront pas, dans les conditions présentes, rembourser.

Une méthode très contestable

Tout ceci aurait été épargné si la manière utilisée avait été délicate, et si elle était faite dans les règles de l’art, le ministère d'affectation donnant l'exemple dans le respect des droits acquis. Or la méthode employée n'a rien d'une gestion « humaine » des ressources. Celle-ci a pris plutôt un caractère disciplinaire, comme si le fait pour des fonctionnaires d'appartenir au ministère de la Communauté Marocaine à l'Etranger (dont certains n'ont jamais digéré la création fin juillet 1990), était une faute grave qui devait être sanctionnée. L'esprit revanchard est flagrant.

Dès lors, quelle crédibilité donner à ceux qui vont s'occuper désormais de la défense des intérêts des émigrés, alors qu'à l'intérieur, ils ont lésé un certain nombre de fonctionnaires qui ont consacré tant d'efforts et contribué, chacun à sa manière, à la mise en place et à l’exécution d'une politique en faveur des émigrés !?

Où est la continuité de la mission ?
La manière dont s'est opéré le transfert des attributions et des compétences du département de la Communauté Marocaine à l’Étranger, n'a rien à voir avec la continuité du service public et de la mission. Aucune passation ne s'est faite en fonction de la nature des dossiers, de leur importance et urgence et le suivi des programmes et des engagements pris, n'est plus en fait assuré.

Tout ce qui préoccupait ceux qui avaient en charge l'exécution de l'opération, c'était que les lieux soient vidés coûte que coûte et le plus rapidement possible, prenant l'allure d'une liquidation matérielle, voire même « physique », à la manière de l'exécution de décisions de justice de locataires ... (expulsions).

Quel gâchis ! Où est la dignité des fonctionnaires ? Où sont les droits acquis ? Où sont les droits de l’homme ? Où est l'intérêt du service public ? Où sont les intérêts de la communauté marocaine à l’étranger ?

On justifie maintenant le rattachement des Affaires de la Communauté au ministère des A.E. par l'échec du Département de la Communauté. Et dire que le Sous-secrétaire d'Etat, qui a donné le coup de grâce à ce ministère, était délégué auprès du ministère des Affaires étrangères, sans qu'aucune mesure ne soit prise pour redresser la situation !

Le profil convenait parfaitement aux Affaires étrangères qui ont laissé faire, ont pratiqué la politique du pire et laissé pourrir la situation, sans que par ailleurs le Premier ministre ne réagisse, alors que des antécédents (Tourisme, Finances ...), montrent que des changements de responsables sont possibles, lorsque l'intérêt supérieur du pays l'exige.

Un dossier qui nous interpelle tous
Au vu de cette situation régressive, la grande question qui interpelle non seulement le gouvernement, mais également tous les partis politiques (en particulier ceux de la Koutla, dont le PPS) et la société civile marocaine est la suivante: les intérêts et le devenir de plus de deux millions de Marocains à l’étranger nous préoccupent-ils ? Si oui, que doit-on faire concrètement et comment ?

Il y a à notre sens une urgence à se saisir tous du dossier et à y répondre ensemble dans l’intérêt national, loin de toute querelle étroite.

Encore une fois, et à côté de la Fondation, dont les objectifs doivent être clarifiés et les ressources élargies (mais qui ne peut avoir de notre point de vue une vocation gouvernementale), une autorité gouvernementale spécifique s'impose à notre sens, qui puisse avoir une vision globale des multiples questions de la communauté marocaine à l'étranger et exécuter concrètement dans ce sens une politique gouvernementale globale, cohérente et intégrée, répondant aux besoins de cette émigration.

Abdelkrim Belguendouz
Universitaire, chercheur en migration






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