Les personnes âgées constituent une catégorie laissée-pour-compte, qui bénéficie d’une faible protection sociale. Ce dur constat a été établi par le dernier rapport du Conseil économique, social et environnemental (CESE), qui devra être adopté le mois prochain.
  • Une population de 3 millions de personnes qui souffre de la vulnérabilité
  • Faible protection sociale et accès limité aux soins
  • Les politiques publiques actuelles restent partielles et sporadiques
Ce document met l’accent sur les difficultés que rencontre cette population de 3 millions de personnes. L’article 34 de la Constitution les assimile aux personnes à besoins spécifiques et stipule qu’elles doivent faire l’objet de politiques publiques de protection. Or, c’est justement là où le bât blesse. 

Le rapport du CESE pointe «la faible couverture sociale et médicale, qui ne bénéficie qu’à 1/5 des séniors». Cela est d’autant plus grave que la moitié de cette population souffre d’au moins une maladie chronique, sans avoir accès aux soins. Cela est couplé à «un grand retard dans la formation de ressources humaines en gériatrie, gérontologie et psychiatrie de la vieillesse». Une situation aggravée par leurs faibles revenus. La plupart d’entre eux bénéficient d’un revenu modeste et un dixième de cette catégorie est considéré comme pauvre. Surtout si l’on prend en considération «le montant dérisoire de certaines pensions de retraite». Ce qui oblige plusieurs personnes âgées à continuer à travailler. 

En 2013, 24% des personnes de plus de 60 ans exerçaient encore une activité professionnelle. La vulnérabilité de ces personnes âgées se traduit également par leur dépendance dans la réalisation des tâches quotidiennes, est-il indiqué. Une mission prise en charge généralement par les proches. 

En effet, «la famille, particulièrement les femmes, continue de jouer un rôle essentiel dans la prise en charge des personnes âgées», selon le diagnostic du CESE. Sauf qu’il s’agit d’une situation qui devra buter sur la mutation que connaît la société marocaine. Le renforcement de «l’insertion des femmes dans le marché de l’emploi mettra certainement la solidarité familiale à rude épreuve», est-il estimé. 

Ceux qui ont opté pour des maisons de retraite ne sont pas mieux lotis. Le rapport du Conseil de Nizar Baraka montre que «la vie des personnes âgées dans les centres d’accueil est marquée par la solitude, l’isolement, l’absence d’activités culturelles et sportives». Et généralement, cette catégorie vulnérable, aux besoins spécifiques, cohabite, au sein de ces établissements, avec d’autres populations dont les personnes atteintes de maladies mentales, les enfants, les handicapés…, selon le rapport. Et même ceux qui sont pris en charge par leurs familles, «vivent dans des logements inadaptés à leurs spécificités, et sont souvent confrontés à des risques d’accidents domestiques». 

Les collectivités territoriales ne semblent pas faire de cette catégorie une priorité dans leurs plans de développement. Cela se traduit par «l’absence d’infrastructures adaptées aux personnes âgées, ce qui ne favorise ni leur mobilité ni la possibilité d’avoir une vie sociale épanouie». Même la stratégie nationale visant la valorisation de cette catégorie et l’amélioration de ses conditions, élaborée par le ministère de la Famille et du Développement social en 2009 n’a pas été mise en œuvre. Les membres du CESE estiment qu’elle doit être revue, afin de prendre en considération l’évolution des besoins des séniors. La mise en place de cette politique globale est d’autant plus importante que «les plans d’action et les programmes mis en place jusque-là ont été souvent marqués par leur caractère partiel et sporadique».

Qui sont nos séniors ?
Pour l’instant, aucune définition commune n’est retenue pour la catégorie des personnes âgées. Il faut dire qu’il s’agit d’une notion complexe, qui renvoie à l’âge, mais également à la situation de vulnérabilité qui caractérise cette population. Pour l’instant, sont considérées comme personnes âgées, celles arrivées à l’âge légal de départ à la retraite. Or, il s’agit d’une définition incomplète, dans la mesure où elle ne prend en considération qu’un aspect de vulnérabilité, qui est la sortie du monde du travail. Au Maroc, le problème de la vieillesse se pose avec acuité, à cause de l’importance de cette catégorie, estimée à 3 millions de personnes. Son nombre s’est accru durant les dernières décennies, passant de 7,4% à 10% de l’ensemble de la population. Plus de la moitié est constituée de femmes (52%) et vit en grande partie dans les villes (55,7%).
M.A.M.
leconomiste.com






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