Qu’est-ce qui est à la fois une démocratie et une dictature ? Qu’est-ce qui représente une chance et un danger pour son utilisateur ? Réponse : les médias sociaux.

Facebook a démarré comme un jeu d’enfant. Vous connaissez la suite. D’un club de retrouvailles entre gosses de riches, nous sommes passés à une gigantesque machine de communication mondiale qui écrase tout sur son passage. Et puis Facebook a fait des petits, dont le plus vicieux s’appelle Twitter, un petit monde où les pète-sec « roucoulent » à longueur de journée.

Ces médias dits sociaux constituent aujourd’hui une espèce d’internationale. Même les chefs d’Etats y sont abonnés, preuve que personne ne peut raisonnablement rester « out », en dehors du système. Cette internationale, cet empire, ont-ils rendu le monde, notre monde, meilleur ? Ont-ils rendu l’être humain meilleur ? On y a cru, pendant un moment…

La révolution tunisienne nous a fait croire à ce beau rêve. Les médias sociaux sont alors apparus comme un outil de résistance, la voix des sans voix, un moyen de ralliement libre comme l’air et rapide comme l’éclair. Mais l’embellie n’a pas duré, la magie est passée et nous sommes retournés depuis à notre dure réalité.

Nous sommes devant un miroir grossissant. Il donne de l’éclat à l' intelligence humaine, mais il propage aussi la bêtise et lui donne une dimension monstrueuse. Mais il va falloir faire avec. Il est tard pour résister. Facebook et ses nombreux avatars font bien partie, désormais, de notre paysage quotidien. Pour le meilleur bien sûr, mais aussi pour le pire. Le meilleur c’est la citoyenneté, l’information et le partage en temps réel. Le pire c’est tout le reste : populisme, suivisme, démagogie, matraquage confinant au lavage de cerveau.

Parfois intelligents, souvent haineux et stupides, les médias sociaux jonglent constamment entre le bien et le mal. C’est une arme à double tranchant. Ils sont une démocratie : tout le monde s’y exprime. Ils sont aussi une dictature : celle de la majorité, c'est-à-dire la voix la plus forte, ou la plus consensuelle, qui caresse dans le sens du poil.

Pour saisir ces paradoxes, il suffit de voir comment les médias sociaux ont mené une campagne incroyable de violence pour faire interdire un film (Much Loved) avant l’heure. A l’opposé, ces mêmes médias ont fait pression pour faire retirer la Une maladroitement homophobe d’un journal marocain. Comme le montrent ces deux exemples, on est bien en face de tout et de son contraire.

Pour l’intellectuel, les médias sociaux représentent un accélérateur et un diffuseur d’idées. Ils peuvent aussi exercer une forme nouvelle de censure. Par peur des « haters », qui représentent un phénomène à eux seuls, par crainte du lynchage public, l’intellectuel hésite à communiquer ses idées les plus originales. Il s’autocensure. Il adapte son discours, l’adoucit, le ramollit pour ne pas heurter la pensée ambiante.

Il y a des jours où ces médias sociaux sont une vraie bénédiction (campagnes de solidarité, chaine humaine). Et d’autres jours où ils ressemblent à un cauchemar (appel au meurtre, hystérie collective). En quelques années, les réseaux sociaux sont devenus le premier parti au Maroc, mais aussi le premier journal, la plus grande place publique. C’est un pouvoir à part entière. Avec une « armée » de plusieurs millions d’adeptes, ce pouvoir est une chance mais aussi un danger qui peut se retourner contre son utilisateur. C’est comme l’Aspirine : le médicament le plus utilisé au monde peut, en cas de surdosage ou de terrain fragile, provoquer des hémorragies fatales. Attention !

Par Karim Boukhari
Le360.ma



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