En tant qu'analyste et observateur actif de la scène migratoire marocaine, relevons le paradoxe suivant : Comment se fait-il qu'une institution nationale consultative et prospective décriée par la communauté marocaine résidant à l'étranger pour son inefficacité et son absence de démocratie et fortement critiquée au parlement pour sa gestion opaque et son manque de rendement, ait la côte auprès d'un pays ami de l'Afrique de l'Ouest, qui a décidé de prendre cette institution en modèle pour la mise en place d'un Conseil consultatif pour ses ressortissants à l'étranger ?

Au niveau de la composition même de cette institution nationale consultative au Maroc, que l'on présente comme un exemple à suivre, comment se fait-il que sur le nombre de 50 prévus dans le dahir portant sa création, seuls jusqu'à présent (17 mai 2015), 37 membres ont été nommés ?

Comment transposer à d'autres son expérience, faire part de ses "bonnes pratiques", alors que l'on est au Maroc une institution consultative sans aucun avis depuis sept ans et demi ?

Comment transmettre les règles de bonne gouvernance alors que l'on n'a pas tenu d'assemblée générale annuelle depuis juin 2008 ?

Comment contribuer à instituer dans ce pays ami un "conseil crédible" concernant sa diaspora, alors qu'au Maroc les conditions de crédibilité et de sérieux n'existent pas encore, au vu de l'analyse des conditions de mise en place en 2007 de l'institution nationale consultative et prospective et du bilan de son action depuis cette date ?

Comment transmettre leur savoir-faire et leur expertise à des partenaires à l'étranger, alors que les responsables de ce conseil au Maroc n'ont même pas été capables de préparer un avis consultatif concernant le prochain conseil, alors qu'ils étaient tenus par dahir, de le faire durant la période transitoire de quatre ans, avant même la constitutionnalisation du Conseil par la nouvelle constitution de 2011 ?

Que, dans la capitale de ce pays ami, le ministre chargé des MRE et des affaires de la migration ainsi que le secrétaire général de l'institution consultative en question mettent en avant d'après les rendus de presse (dont la couverture par le site Hespress) l'expérience marocaine liée à la nouvelle politique migratoire du Maroc impulsée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI début septembre 2013, est une chose légitime et objective, compte tenu du caractère humaniste de cette nouvelle politique marocaine en direction des étrangers au Maroc et notamment des Subsahariens dans un esprit de solidarité et de respect des droits humains.

Autre chose est l'exposé sur « l'expérience réussie » de mise en place et de fonctionnement de l'institution consultative au Maroc fourni par celui qui se faisait appeler auparavant « directeur général», coordinateur général « ou » membre dirigent «et qui a été présenté à l'occasion comme un « membre fondateur » (!!!) de ce conseil, alors que celui-ci a été fondé par dahir royal.

Prétendre que devant « l'impossibilité » objective de mettre en pratique la démarche représentative (élections) pour la création du Conseil la méthodologie consultative suivie s'est avérée fructueuse, est une contre vérité, compte tenu de la mascarade de consultation et de la pratique du faux par les responsables de cette « consultation » en 2007, pour justifier les nominations pures des membres et l'octroi d'une période transitoire de quatre ans pour la première mouture de l'institution !

Comment par ailleurs prétendre l'échec total de l'expérience 1984-1992 de représentation parlementaire des MRE pour justifier leur non représentation actuelle (et future) à la Chambre des députés ? Serait-ce là, un signal fort adressé à la diaspora de ce pays ami, dont les responsables espérons-le, suivront plutôt la démarche démocratique !

Alors que le « modèle de réussite » du conseil marocain était vendu le 8 mai 2015 durant le premier forum de la diaspora de ce pays ami, les propositions de loi concernant l'opérationnalisation de l'article 163 de la constitution marocaine rénovée de juillet 2011, attendent toujours d'être programmées à la commission affaires étrangères de la Chambre des représentants, en raison de la non disposition du gouvernement. Tout comme on attend encore au niveau de la commission de l’intérieur de la chambre des représentants la reprise de la discussion sur les amendements présentés par les députés de l'opposition et de la majorité pour la révision de la loi organique de la chambre des représentants, afin de permettre la députation des citoyens marocains à l'étranger dans la perspective des échéances législatives marocaines de 2016.

Au niveau de certaines composantes de la société civile MRE et au-delà de certains communiqués contradictoires et mises au point regrettables, la rencontre de Paris du 9 mai 2015,a atteint son objectif sous le mot d'ordre de l'impératif de dignité et de pleine citoyenneté par rapport au Maroc des citoyens marocains à l'étranger, avec la nécessaire opérationnalisation avant le 10 août 2015 (Journée nationale de l'émigration), des articles de la constitution concernant la communauté marocaine à l'étranger.

La prochaine version au Maroc de l'institution consultative constitionnalisėe serait-elle à l'image de ce que les responsables actuels de ce conseil voudraient mettre en place au niveau de ce pays ami ?

Quelle est alors la capitale qui réalisera la première sur le terrain les « bonnes pratiques » et les exportera de fait vers son partenaire ?

Rabat, le 17 mai 2015
Abdelkrim Belguendouz
Universitaire à Rabat, chercheur spécialisé en Migration



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