Des milliers de femmes traversent chaque jour la frontière entre le Maroc et l'Espagne, transportant des dizaines de kilos de marchandises exonérées de taxe. On les appelle les « femmes mules ». Youssef Driss et Irene Gutierrez ont passé une semaine à leur côté, dans le cadre du projet web-documentaire "Connected Walls". Zoom sur ces femmes courageuses entre toutes.

Dès 7h du matin, les femmes affluent pour récupérer des marchandises à Ceuta, enclave espagnole sur le territoire marocain, entourée de fils barbelés et de murs, où s'entassent des immigrés clandestins parfois durant des années dans l'espoir de traverser un jour la Méditerranée. Avec Melilla, ces deux confettis espagnols sur le territoire marocain constituent les dernières colonies occidentales, où les Européens vivent comme dans une forteresse assiégée, forts de leur arrogance du Nord.

Dans des draps, à l'aide de scotch, elles fixent sur leurs dos les ballots qu'elles vont devoir transporter de l'autre côté de la frontière au Maroc. Depuis des années, la douane marocaine, autorise le passage de biens par la frontière de Ceuta, qu'une personne peut transporter elle-même, sans camion. Mais la charge ne doit jamais toucher le sol. Un 'trafic' légal qui rapporte quelque 6 millions d'euros à l'Espagne chaque année dans ce territoire minuscule de 19 km2, dépourvu d'industrie.

Ainsi, appareils cosmétiques, produits alimentaires, vêtements, alcool et autres produits transitent sur les dos de ces femmes, afin d'être revendus sur les souks marocains. Un vrai commerce, qui fait vivre toute la région..

Aller-retour entre deux mondes
Transportant jusqu'à 80 kilos sur leur dos, elles sont des milliers à se lancer chaque jour. Et font en moyenne deux allers-retours par jour entre les deux pays, pour un salaire oscillant entre 40 et 50 euros par jour. Une somme plutôt importante, si l'on compare à ce que gagne un ouvrier marocain, entre 10 et 15 euros par jour. Ce métier de mule, est exercé à 80% par des femmes, un travail éreintant que peu de gens peuvent faire. C'est un moyen pour elles de gagner de l'argent pour subvenir à leurs familles.

Les préjudices physiques subis par ces femmes sont énormes. Elles doivent porter des charges pendant des heures souvent plus lourdes que leur propre poids, gravir des pentes et subir les violences des attroupements quotidiens. Nombreuses d'entre elles accumulent des blessures graves, des membres brisés. Pourtant, malgré ces conditions de travail inhumaines, la situation évolue peu.

Youssef Drissi et Irene Guterriez ont retenu deux témoignages touchants. Ceux de marocaines dont les fils vivent dans l'enclave espagnole. L'une s'était mariée côté espagnol, mais a perdu la garde de son fils suite à son divorce et réside aujourd'hui au Maroc. L'autre est mère célibataire et a dû abandonner son fils à Ceuta dans un orphelinat, de peur de le voir discriminé au quotidien. Grâce à ces allers retours, elles peuvent voir leurs enfants chaque jour. Une motivation de plus pour traverser la frontière. 


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Avec TV5 monde






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