Dans sa rubrique « Dakira », Wakeupinfo.fr éclaire ses lecteurs sur la polarisation et fragmentation identitaires au sein du mouvement associatif des migrants marocains en France (1956-2006). C’est une étude sociologique réalisée par Antoine Dumont Doctorant Migrinter / Université de Poitiers. L’étude est scindée en 10 parties, à lire absolument pour s’informer de la genèse du mouvement associatif de la diaspora marocaine de France depuis 1956 à nos jours. 

Partie 3
Mouvement associatif des migrants marocains 
Mon hypothèse principale est que ces significations associatives sont structurées par des dynamiques spatiales et politiques spécifiques, ce que je nomme la « marocanité associative ». Ces dynamiques ressortent des relations des associations entre elles et avec les Etats, les sociétés et les espaces d’origine et d’installation. 

Cette hypothèse est explorée à travers l’étude d’une centaine d’associations, dont une trentaine d’entre elles, localisées dans les régions parisienne et nantaise, ont fait l’objet d’observations et d’entretiens. Les archives des plus anciennes associations ont également été consultées. S’associer ne va donc pas de soi, y compris pour les migrants d’une même origine nationale.

A rebours du postulat qui veut que le communautarisme soit plus fort parmi les associations de migrants que dans l’ensemble de la société d’installation, il faut cerner le rôle joué dans ces associations par l’ethnicité, la classe, le genre, mais aussi par les clivages générationnels, religieux, géographiques et professionnels. L’idée d’un « mouvement associatif marocain » structuré autour d’une seule cause et d’une seule identité doit alors être comprise comme un enjeu des mobilisations elles-mêmes, plutôt que comme un objet scientifique déjà constitué.

La première partie de ma communication est descriptive : elle démontre que la fragmentation identitaire de ces associations est surtout observable dans les années 1980 et 1990.

Auparavant, ces associations étaient polarisées puis bipolarisées autour du nationalisme de longue distance [Anderson, 1998] et de l’opposition au régime marocain. Aujourd’hui, dans les années 2000, on assiste à une recomposition autour de trois nouveaux mots d’ordre, qui polarisent la plupart des associations, tandis que les autres déclinent, disparaissent ou se transforment profondément en abandonnant tout référent identitaire marocain.

La fragmentation identitaire est donc un piège du point de vue des acteurs, car elle dévoile les divisions internes d’un mouvement que certains d’entre eux souhaiteraient unifié, mais elle est aussi un vecteur de recomposition, car elle révèle que les associations de migrants marocains sont situées à des carrefours identitaires, à partir desquels des mobilisations non strictement « marocaines » sont toujours possibles.

La seconde partie tente d’expliquer ces fragmentations et ces recompositions par des facteurs à la fois psychologiques, politiques et spatiaux. Ce faisant, cette partie répond à une seconde lacune de la recherche française, plus théorique que la première, qui consiste à se focaliser sur le rôle des associations dans l’intégration sédentaire des migrants en France, sans prendre suffisamment en compte les effets, sur ces associations, des mutations du champ migratoire, des changements politiques au pays d’origine et de l’établissement de réseaux transnationaux.

Le succès récent des études transnationales vient en partie combler cette lacune, bien que la dimension historique y soit souvent sous-estimée [Waldinger, 2006].

Antoine Dumont
Doctorant Migrinter (UMR 6588)
Université de Poitiers





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