Dans sa rubrique « Dakira », Wakeupinfo.fr éclaire ses lecteurs sur la polarisation et fragmentation identitaires au sein du mouvement associatif des migrants marocains en France (1956-2006). C’est une étude sociologique réalisée par Antoine Dumont Doctorant Migrinter / Université de Poitiers. L’étude est scindée en 10 parties, à lire absolument pour s’informer de la genèse du mouvement associatif de la diaspora marocaine de France depuis 1956 à nos jours. Wakeupinfo.fr

Introduction
Dès l’énoncé du titre de cette communication, une question se pose : peut-on observer quoi que ce soit qui ressemble, en France, à un « mouvement associatif des migrants marocains » ? 

Ces migrants ne s’engagent-ils pas d’abord dans des associations d’immigrés maghrébins, dans lesquelles se retrouvent les trois nationalités ? Et s’il existe sans doute en France des associations regroupant les seuls immigrés marocains, celles-ci sont-elles assez nombreuses et durables pour constituer un mouvement social, c’est-à-dire une « action collective concertée en faveur d’une cause » [Neveu, 1996 : 11] ?

Ces questions, je me les suis posées au début de ma recherche doctorale, en constatant la rareté des travaux portant sur les associations de migrants marocains en tant que telles 1. A ma connaissance, seules deux thèses françaises en science politique leur ont été consacrées ; encore s’agit-il d’associations créées en Espagne, en Italie [Danese, 2000] et en France, mais dans le seul domaine du développement des villages d’origine [Lacroix, 2003].

A l’inverse, plusieurs thèses ont été soutenues sur les associations « issues de l’immigration maghrébine », notamment celles créées par les jeunes nés en France, analysées sous l’angle de l’intégration politique [Poinsot, 1994 ; Baillet, 1998]. Cet intérêt n’est pas nouveau, qui émerge après la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983, dite « Marche des Beurs », et donne lieu à plusieurs ouvrages de chercheurs et d’acteurs associatifs, qui sont d’ailleurs parfois les mêmes [Jazouli, 1986 ; Boubeker ; Abdallah, 1993 ; Bouamama, 1994].

Un récent bilan historique de ces mobilisations, reliant explicitement celles des parents à celles des enfants, a permis de comprendre l’émergence d’une « beurgeoisie associative » [Wihtol de Wenden ; Leveau, 2001].

Les associations de migrants marocains sont donc englobées a priori dans le vaste ensemble des associations de migrants maghrébins. Ce traitement, qui procède en partie 2 d’une vision homogénéisante des populations originaires du Maghreb, contraste avec celui réservé à d’autres migrations. Ainsi, plusieurs études spécifiques ont été réalisées, par exemple, sur les associations de migrants italiens [Catani ; Palidda, 1987] ou portugais [Oriol ; Hily, 1985 ; Cordeiro, 1986].

Manuscrit auteur, publié dans "Classe, ethnicité, genre... 

Antoine Dumont
Doctorant Migrinter (UMR 6588)
Université de Poitiers

Notes
1 Je définis l’association de migrants marocains par deux critères. Le premier est que la majorité des adhérents de l’association sont des migrants marocains (c’est-à-dire des personnes nées marocaines au Maroc et résidant en France depuis plus de trois mois) ; le second est qu’une partie significative des activités de l’association est orientée, directement ou non, vers le Maroc en tant qu’Etat, peuple et/ou territoire.
2 En partie seulement, car la maghrébinité peut être une identité revendiquée par les associations.





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