Pas plus tard qu'hier, je n'aurais pas su mettre des mots sur ce sentiment étrange qui m'a toujours habité lorsque je me trouve seul devant la télévision et qu'un film est diffusé. J'ai l'étrange sensation de ne pouvoir l'apprécier à sa juste valeur que si je ne suis pas seul sur le canapé. Comme si cet instant où personne ne se parle, où chacun est rivé sur l'écran du poste de TV, était un moment de partage. 

À présent, plus d'incertitudes : ma prof de philosophie a mis des mots sur cette gêne, avec une énergie et une précision communicative (car au cas où vous seriez bernés par les habituelles accusations de divagations dont est victime cette matière inconnue, sachez que la philosophie s'attaque de manière très précise et concrète à énormément de questions contemporaines, et qu'elle y répond !).

Faisant appel à Kant, elle a émis une vérité que j'édulcorerai ici pour mieux convenir à mon propos : la subjectivité de l'art lui confère une valeur universelle.Un besoin de communication universel.

Chacun, devant un tableau, ou devant un film qui l'interpelle, voudra que son voisin ressente la même chose, le même degré de félicité, comme une révélation. C'est donc ce que je ressentais, seul dans le salon. 

La frustration de ne pas pouvoir m'extasier au générique, voire même de ne rien dire, mais de sentir cette effusion des sens, ce fonctionnement du cerveau qui cherche à résister au magnétisme, ou qui s'y abandonne totalement. La manière dont les personnages nous font rire ou pleurer.

Cela me fait penser que si vous regardez un film comique, il y a de fortes chances pour qu'il vous amuse bien plus en groupe que tout seul, pas vrai ?

Cette frustration vient sans doute de la nature de ce que nous contemplons, car je connais peu de personnes dans mon entourage qui seraient ravies d'aller voir un film d'auteur, primé à Cannes, prétextant qu'il s'agit d'un grave élitisme culturel, ou s'en moquant assez franchement. Comme si l'art était une perte de temps, une parenthèse passive dans une vie qui se doit d'être productive. Quand je vous disais que la philo me faisait réfléchir, ce n'était pas pour rien.

Plus sérieusement, je pense que ces questions que certains ne se posent pas devraient avoir plus de place. L'art est ouvert à tous, et aller au musée n'a jamais été mondain. C'est sans doute une association d'idées reçues, mais croyez-moi, vous finirez bien par trouver votre bonheur, justement là où vous l'attendiez le moins : dans une image qui vous empli de perplexité, dans une scène qui vous laisse pantois d'admiration, ou encore dans un morceau qui vous bouleverse. 

Et cela me permet d'en venir au second élément qui m'a été révélé tout récemment : la spontanéité d'une œuvre ne fait qu'augmenter le bonheur que nous éprouvons à son contact. 

C'est bien vrai, au fond : à trop lire de critiques évangélistes et à trop voir de bandes annonces épiques, vous finirez par vous faire une certaine idée d'un film, ledit film dépassant soit votre idée, soit étant plus bas encore. Qu'importe, cela ne sera jamais comme la rencontre totalement inconnue avec une œuvre d'art, qui est tellement laissée au second plan par les stratégies de communication actuelles.

Pourtant, quand j'y songe bien, les films qui m'ont le plus marqué sont bien ceux auxquels je ne m'attendais pas, dont je n'avais pas entendu parler, et dont par hasard, j'ai fait la connaissance. Ce sont ces images qui restent avec une force immuable dans la mémoire, car l'esprit n'avait pas planifié de sensations pour cet instant précis. Vous ne vous y attendiez pas. Et c'est tant mieux. 

C'est pourquoi je vous invite à changer la façon dont vous appréhendez la culture, et à ne pas être confondus par les idées reçues. C'est dommage, mais le point positif, c'est que l'on a toujours le choix, celui de regarder un film sans le connaître, et de l'apprécier en compagnie de quelqu'un. 

Aller à la rencontre de l'inconnu, qu'il s'agisse de l'œuvre ou de la personne qui est avec vous, est sans doute la chose la plus curieuse et la plus extatique qui soit. C'est une ivresse sur laquelle on peine à mettre des mots, une communion qui, même si elle ne doit durer qu'un instant, possède une valeur unique et inexprimable. 

Alors, n'hésitez plus : votre prochaine grande rencontre est peut-être au coin de la rue, dans ce musée que vous croyez connaître mais que vous ne prenez pas la peine de visiter, dans une salle feutrée où l'on projette des films inconnus, au détour d'une galerie d'art... 

Voilà, nous avons fait un peu de philo, et, à l'heure où j'achève cet article, je me dis que c'est une chose très importante que celle de partager, et que l'art, s'il permet cela, mérite au moins votre considération. 

J'espère vous avoir convaincu, mais dans tous les cas, je tenais à vous dire que c'est avec vous que je vis ce rendez-vous insolite : le temps d'un article, de quelques lignes et d'une opinion, pour qu'ensemble, nous nous écoutions et que nous nous regardions avec un autre degré d'intelligence...

Nano
Sur le Net


0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

 
Top