Comme chaque année à la même époque, nous voyons intervenir à la Télévision nationale, moult responsables affirmant, la main sur le cœur, “que tout est prêt pour accueillir nos compatriotes de l’étranger”.

Les ports et les aéroports ont été repeints pour la circonstance, les policiers et les douaniers, sourire aux lèvres et le doigt sur la couture du pantalon, sont prêts, d’ores et déjà, à tamponner promptement les passeports (verts bien entendu) dans un temps record, tout cela pour assurer le maximum de confort à ces Algériens d’ailleurs. Tapis rouge, couloir vert, caméras de télévision, rien n’est trop beau pour les immigrés qui connaîtront leur jour de gloire, dès le moment où ils fouleront le sol du pays.

Branle-bas de combat et mobilisation générale de tous les responsables et personnels à l’occasion de l’arrivée des immigrés qui ont eu droit pour les premiers venus, à un accueil personnalisé du ministre des Affaires étrangères, en personne et l’inénarrable ministre des Transports !

Combien sont-ils, en fait, ces immigrés algériens ?
A son époque, le secrétaire d’Etat chargé de la communauté nationale à l’étranger, a répondu par cet artifice : “Il y a ceux qui résident à l’étranger de manière régulière et qui sont immatriculés dans nos consulats, ceux qui résident de manière régulière et qui préfèrent ne pas se rapprocher de nos services et sont donc, non immatriculés, et il y a ceux qui y vivent de manière irrégulière ou clandestine”.

C’est ce qu’on appelle une réponse à la normande comme pourrait le dire Souhila Lhachemi, elle qui est si pointilleuse concernant les chiffres. Comment, sincèrement, peut-on être aussi nuancé pour ne pas dire évasif concernant ce segment particulier de notre population ?

Mais qui sont-ils ces immigrés dont le nombre a échappé à M. Belkacem Sahli ?

Les mouvements migratoires de nos compatriotes ont commencé au début du siècle :
le plus gros des troupes se trouve en France où la première phase de migration algérienne a débuté en 1905. La main-d’œuvre qui la compose travaille essentiellement dans les raffineries et huileries de Marseille, ou comme dockers sur les navires.

Puis des centaines d’Algériens sont embauchés dans les mines et les usines du Nord et du Pas-de-Calais, les industries de Clermont-Ferrand et Paris. Dès 1912, on parle d’un véritable mouvement migratoire de 4 000 à 5000 Algériens qui s’accélère dès 1913, grâce à la suppression du permis de voyage qui était alors requis pour les Algériens en France.

La seconde vague migratoire est composée globalement de 80 000 travailleurs et 175 000 soldats venus d’Algérie dans le cadre de la Première Guerre mondiale. Ceux qui ne sont pas sur le front, sont employés dans la production d’armement, le génie, l’aéronautique, les transports et les mines. La troisième vague débute en 1920 avec une composante kabyle qui reste importante, avec la migration des habitants du nord-ouest oranais qui commencent à gagner du terrain.

La quatrième vague débute avec la fin de la Seconde Guerre mondiale, après 1945 où les Algériens occupent des emplois dans les domaines de reconstruction de la France et de la relance économique, dans les mines, la sidérurgie, l’industrie et le bâtiment.

La cinquième vague commence avec la guerre de Libération nationale (1954-1962). Le GPRA est formé, le FLN prend le contrôle de l’émigration qui participe au combat libérateur et à l’effort de guerre.

De ce qui précède, il y a lieu de bien définir les concepts :
Jusque là on a parlé de migration algérienne car en France, dès 1947, les Algériens deviennent, officiellement du moins, des citoyens appelés par l’administration des “Français musulmans d’Algérie (FMA)”. Ils ne sont pas alors considérés comme des immigrants étrangers mais comme des migrants régionaux, un petit peu comme les Bretons et les Corses, même si je vous l’accorde bien évidemment, ils sont, dans les faits, traités durement, guerre d’Algérie oblige.

D’un point de vue juridique, l’immigration algérienne débute officiellement en France, le 5 juillet 1962. Entre 1962 et 1982, la population algérienne dans ce pays, passe de 350 000 à plus de 800 000 personnes. Nous sommes en 2013, et cette population qui ne cesse de croître, se décuple en générations voyageant, étudiant, commerçant et s’établissant dans les cinq continents.

Ces Algériens-là sont visibles et font étalage de leur amour du pays à chaque occasion et à chaque match de l’équipe nationale de football où ils déploient l’emblème national, une manière comme une autre de manifester leur présence et de se rappeler au bon souvenir de leurs gouvernants nationaux.

Pour en terminer avec les statistiques, retenons que selon une étude réalisée par l’Institut national français des études démographiques (Ined), l’Algérie figurerait parmi les 15 pays qui fournissent le plus de migrants au monde. Selon l’Aida (Association internationale de la diaspora algérienne) basée à Londres, les Algériens ou personnes d’origine algérienne vivant à l’étranger en 2012, sont au nombre de 7 millions d’individus.

En France ils seraient 5 millions.
En Amérique du Nord, ils se situeraient entre 120 000 et 140 000 (110 000 au Canada, 30 000 aux USA et 2000 au Mexique). Dans les pays arabes, ils seraient quelques milliers et en Afrique quelques centaines.

Après les chiffres, examinons de plus près nos immigrés ou du moins les personnalités publiques françaises d’origine algérienne qui n’ont de cesse d’affirmer leur appartenance à l’Algérie, sans pour autant que cela profite au pays, faute de diaspora influente.

On peut citer dans le désordre Isabelle Adjani, Leïla Bekhti, Shéryfa Luna, Smaïn, Rachid Taha, Rachid Bouchareb, Zinedine Zidane, Brahim Asloun et beaucoup d’autres qui appartiennent au monde de la culture et du sport. Ou encore Fadéla Amara, Leila Aichi, Kader Arif, Azouz Begag, Nora Berra, Malika Benarab-Attou, Yamina Benguigui, Malek Boutih, Samia Ghali, Bariza Khiari, Tokia Saïfi, Karim Zeribi qui appartiennent au monde de la politique.

On peut même ajouter à cette liste qui n’est pas exhaustive, Rachida Dati dont la mère était d’origine algérienne. Tout ceci pour dire que le potentiel humain existe mais que les mécanismes institutionnels, de ceux qui font actionner les lobbys font défaut comme par exemple le fameux “Conseil consultatif de l’immigration” souvent annoncé mais tant de fois différé puis remisé dans les tiroirs de nos instances gouvernementales ou encore “le secrétariat d’Etat” qui n’a pas été reconduit dans le gouvernement Sellal 3.

Malgré la crise, les transferts d’argent des travailleurs immigrés vers les pays en voie de développement devraient augmenter de plus de 6% cette année. C’est ce qu’affirme la Banque mondiale. L’Inde et la Chine sont les premiers bénéficiaires de ces fonds avec 70 milliards de dollars par chaque pays. En 2012, ces fonds ont atteint le seuil de 406 milliards de dollars, soit une hausse de 6,5% par rapport à 2011.

Une manne en constante augmentation, selon la Banque mondiale ; ces flux devraient encore progresser de près de 8% en 2013, puis de 10% en 2014. Pour certains pays africains, les transferts des immigrés représentent près de 10% du PIB. Le Nigeria est en tête avec 21 milliards de dollars en 2012, suivi du Soudan, du Kenya, du Sénégal et de l’Afrique du Sud. En Afrique du Nord, le Maroc se taille la part du lion avec plus de 6 milliards de dollars. Les travailleurs immigrés n’hésitent pas à augmenter les sommes envoyées en cas de situation difficile, dans leur pays d’origine.

Le printemps arabe a aussi, en de fortes conséquences sur la croissance des transferts (Tunisie-Egypte notamment). En Algérie le seuil des transferts est négligeable ? Autre exemple, lors de la crise politique en Côte-d’Ivoire en 2011, la diaspora ivoirienne a doublé le montant des transferts afin de soutenir les familles au pays.

Interpellé au sujet de l’apport des Algériens établis à l’étranger, à l’économie du pays, Belkacem Sahli, l’ancien ministre délégué chargé de la Communauté nationale à l’étranger a estimé que “leur contribution est insignifiante, les sommes transitant par le canal bancaire ne se hissent pas au niveau souhaité, et comparativement aux seuls voisins maghrébins, nous sommes les derniers. Nous travaillons justement pour rétablir la confiance et les encourager à transférer leur argent”. Il faut dire aussi que toutes les assurances ministérielles et autres mesures institutionnelles pour rétablir un climat de confiance n’ont pas eu l’écho escompté auprès des immigrés toutes générations confondues, à en juger par le faible niveau de transfert d’argent.

Il faut aller apparemment vers d’autres solutions, de celles qui consistent à prendre en charge les préoccupations des Algériens dans leur pays d’accueil. Ça c’est le travail de nos chancelleries et autres consulats ! Et il y a à faire à en juger par les récriminations des Algériens de France.

Pour prendre la mesure des problèmes, il faut lire ce sondage réalisé en France, par Ifop/Atlantico qui révèle que 26% des Français seulement ont une bonne image des Algériens contre 71 % des Marocains et 53 % des Tunisiens :
  1. existe-t-il un lien entre le déficit d’image dont souffre l’Algérien en France et la façon dont sont intégrés les immigrés et leurs enfants ?
  2. sont-ils moins intégrés que les autres magrébins ?
  3. sont-ils moins défendus au plan des droits ?
C’est un petit peu tout cela dont il faut peut-être discuter, à l’avenir, si on veut comprendre les immigrés et capter de nouveau la confiance perdue. Notre immigration n’est organisée ni socialement ni culturellement et aujourd’hui, on en arrive même à regretter “l’Amicale des Algériens en Europe” organisation sous l’égide du FLN certes, mais qui arrivait tout de même à encadrer, peu ou prou, cette population de l’étranger.

Certes l’immigration a payé un lourd tribut et a conquis ses lettres de noblesse pendant la révolution. Les ainés regroupés dans la Fédération de France ont contribué financièrement et plus encore, à faire progresser la lutte de libération : Mourepiane et les manifestations du 17 octobre 1961 en sont les marqueurs.

Aujourd’hui, l’immigration algérienne en France notamment, continue à être marquée par ses divisions historiques, politiques et même ethniques. Elle est préoccupée par son existence quotidienne car l’immigré, le beur est avant tout une condition sociale dont il est difficile d’en sortir.

Que dire alors de ceux qui ne possèdent ni titre de séjour ni permis de travail, les sans-papiers qui vivent dans la clandestinité la plus totale échappant même au recensement le plus approximatif du ministre délégué qui a précisé “qu’il est difficile de donner d’eux un chiffre précis”.

Un ancien ambassadeur français les a situés autour de 350 000, chiffre qu’il faut prendre sous toutes réserves, bien entendu, dans ce qu’il cache comme manipulation politicienne.

C’est vrai qu’il est difficile de compter des gens dans la clandestinité mais ce qui est aussi vrai c’est que ces personnes sont décidées “à faire leur trou là-bas envers et contre tous” et tout ce qu’on a mis en place alors, comme ministère délégué, représentation politique à l’APN, ouverture de nouvelles dessertes aériennes et maritimes ne leur feront pas changer d’avis, eux qui n’ont foi qu’en leur destinée.

Il existe quand même quelques Algériens immigrés, diplômés, et expérimentés qui ont accumulé un petit capital, qui songent à retourner au pays. Ce phénomène de retour répandu chez les retraités, s’est étendu ces dernières années chez les plus jeunes.

Apparemment et à les entendre, ils n’éprouvent aucun regret à quitter la France et l’Europe où sévissent, selon eux, le racisme, la discrimination dans l’emploi et le logement, ainsi que la bureaucratie pour qui veut obtenir la nationalité française.
C’est à cette catégorie d’immigrés, désireux de participer au développement du pays, que le programme d’habitat généreusement pensé par Abdelmadjid Tebboune, doit être réservé. Et le coup est génial, puisque cette nouvelle formule, si elle devait être retenue par le gouvernement, donnerait la possibilité au bénéficiaire immigré de s’acquitter de l’achat de son appartement en devises.

Vaille que vaille, les immigrés viennent au bled passer le Ramadhan et en été ou à l’occasion de l’Aïd, le bagage léger et le sentiment que le pays est prospère grâce à son pétrole qui est aussi le leur, qu’il regorge de tout et qu’il peut, somme toute, se passer de leur maigre pécule, fut-il libellé en devises. Ils rentrent en Algérie les mains dans les poches et le portefeuille bien garni. Ils repartent le cœur léger et les bras chargés de valises pleines de produits “made in” acquis grâce aux euros souvent non déclarés, puis échangés au square Port Saïd “espace plus ou moins toléré par les autorités”, mais dont les protagonistes sont identifiés, a assuré Daho Ould Kablia du temps de sa superbe !

Le pays se résume pour un certain nombre d’entre ces immigrés et c’est cruel de le dire, sans toutefois porter de jugement sur toute la communauté, à “trois petits tours et puis s’en vont !”.

Par : ALI CHERIF


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