Guillaume Jobin
Le Royaume chérifien est l'un des plus anciens d'Afrique. Guillaume Jobin nous livre la biographie de celui qui en fut le « gouverneur » durant une douzaine d'années sous l'empire colonial français.

Contrairement à l'Algérie, le Maroc n'aura jamais été une colonie mais un protectorat. Il y a plus qu'une nuance, à savoir que ce pays n'a jamais eu comme son voisin algérien de problèmes d'identité. Par ailleurs, le Maroc fut créé, il y a une douzaine de siècles, en 788, par le sultan Ibriss Idn Abdallah avant de nombreuses nations occidentales, exception faite de la France et l'Angleterre.

Lyautey, l'incarnation du protectorat
Ses traditions millénaires font qu'on peut parler « d'exception marocaine ». L'enracinement monarchique, qui perdure au Royaume, a d'ailleurs permis au pays, contrairement à la Tunisie, d'échapper au « Printemps arabe ». L'habileté des souverains successifs, en particulier Hassan II puis Mohamed VI, n'est certes pas pour rien dans cette stabilité d'un Royaume constamment partagé entre la Siba (rebellion) et Makzen (la cour), des postures entre lesquelles oscillaient constamment les tribus de ce régime féodal. Résident général au royaume des Alaouites de 1912 à 1925, Lyautey en transforma néanmoins radicalement le visage. Aussi les Marocains voient encore en lui l'un des pères fondateurs du Royaume.

« Nous nous sommes trouvés en face d'un empire historique indépendant (...) rebelle à toutes servitudes qui jusqu'à ces dernières années, faisait encore figure d'État constitué avec sa hiérarchie de fonctionnaires, ses représentants à l'étranger, qui ont traité d'égal à égal avec les hommes d'États européens », écrivait Lyautey.

Enchaînant néanmoins récessions et épidémies, tout au long du XIXe siècle, le pays sera ruiné par sa guerre avec l'Espagne.

Anti-colonialiste caractériel
Un siècle après 1789, le Maroc est un peu dans la même situation que la France, mais il n'émergera pas vraiment contrairement à des pays, alors au même niveau, comme la Russie ou le Japon. D'où sa domination, par les puissances européennes, qui sera décidée à la conférence de Madrid.

Manager moderne, selon l'auteur, président de l'École Supérieure de Journalisme, à Paris, dont il a créé des prolongements à Rabat, Alger et Tunis, Lyautey qui n'est ni aristocrate ni monarchiste, mais au contraire républicain, demeure plus haut fonctionnaire que militaire et paradoxalement anti-colonialiste.

Légèrement mégalomane, la Résidence lui fournit un terrain de jeu pour exercer sa vanité. Mais l'homme a aussi le goût de l'efficacité débarrassée du protocole. Bref, « un caractériel au grand coeur », écrit Jobin, qui le qualifie joliment de « marxiste de droite ». Mais aussi homosexuel dans ce pays qui tolère mieux de telles moeurs que la France catholique et figée de l'époque.

Adepte de la pacification, Lyautey sera aussi un visionnaire... de la décolonisation.

Lyautey, le Résident, par Guillaume Jobin, Magellan, 19,50 €.


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