La sortie médiatique du secrétaire général du Conseil de la communauté marocaine à l'étranger, Abdellah Boussouf,ne peut laisser indifférent un analyste et observateur actif de la scène migratoire marocaine.

En effet,par sa profondeur et la pertinence des arguments rationnellement développés,l'interview parue le vendredi 15 août 2014 sur les colonnes de "Akhbar Al Youm", amène à une remise en cause fondamentale de beaucoup d'idée reçues en matière de politiques migratoires et de communauté marocaine à l'étranger..Son grand intérêt,c'est qu'elle permet de déconstruire un certain nombre d'analyses courantes et de remettre chacun sur le droit chemin,en nous forçant à faire l'autocritique nécessaire et à rectifier de fond en comble notre vision et notre schéma de pensée concernant Aljaliya.Nous sommes donc très reconnaissant pour cette occasion donnée de procéder à notre autocritique et de nous éloigner du chemin que nous avons pris jusqu'à présent.

Tout d'abord,par son caractère objectif,serein,calme et mesurée,l'analyse produite nous pousse à interpréter de manière totalement différente l'incident du 10 août 2014,lors de l'hommage rendu à Rabat à des vétérans MRE.Bien qu'ayant été présent dans la salle,je reconnais maintenant avoir mal compris et interprété ce que j'ai vu et entendu.Les propos de "visages de la misère et du mal "énoncés en arabe à l'encontre de compatriotes émigrés, n'ont rien de choquant puisqu'ils ne s'adressent qu'à des zmagria .

De plus,comment peut-on imaginer les interpréter comme profondément insultants ou dégradant,alors qu'ils ont été proférés par le numéro 2 d'une institution nationale chargée de défendre la dignité de nos compatriotes vivant à l'étranger !!!

Par ailleurs,on ne peut que confirmer avec force le fait que tout ce qui est arrivé ,n'est pas dû à la perte de sang froid du numéro 2 ,mais c'est de la faute totale et absolue du chef du gouvernement,qui a pris le secrétaire général du CCME comme "bouc émissaire",qui lui a volontairement et de manière machiavélique et délibérée,tendu le "traquenard du 10 août".La preuve irréfutable en est que Benkirane a défendu mordicus la participation politique et la représentation parlementaire des MRE à Rabat,avec une détermination politique sans faille,sans réticence aucune et sans nullement la renvoyer aux calendes grecques,en ajoutant que ceci se réalisera lorsque les conditions seront réunies.Ceux qui ont entendu cette précision,ont mal entendu et devraient aller comme moi,se faire tirer les oreilles chez l'ORL

Sur un autre plan,on ne peut être qu'admiratifs devant la détermination sans faille du numéro 2 du CCME d'affronter les partis politiques marocains et de leur faire une guerre sans merci,s'ils continuent à défendre la citoyenneté pleine et entière par rapport au Maroc des MRE.il a tout à fait raison de défendre l'idée selon laquelle le seul lien que puissent avoir les MRE avec le Maroc,est le lien culturel et religieux ! Merci aussi d'attirer de façon pertinente notre attention sur le fait que toute implication et intégration des MRE dans le processus démocratique du pays est contraire aux intérêts nationaux du Maroc et des MRE eux-mêmes.

Voilà pourquoi ,grâce à cette contribution bienvenue,il s'agit pour tous les citoyens et les milieux concernés,de tirer les enseignements urgents qui s'imposent,en particulier :
  • Demander la révision de la Constitution pour supprimer définitivement les articles 16,18,30,163 et surtout l'article 17 de la constitution ,qui reconnaît les droits politique pleins et entiers des MRE -Ne plus désigner ces derniers par citoyennes et citoyens comme le fait la constitution rénovée,mais par "sujets".
  • Exiger des partis politiques marocains qui ont osé déposé des propositions de lois pour l'effectivité des droits politiques des MRE par rapport au Maroc,de les retirer immédiatement et demander à la Cour constitutionnelle d'être vigilante en la matière.
  • Exiger des partis politiques marocains qui parlent des Marocains du Monde comme citoyens marocains,ou qui ont changé leurs statuts pour prévoir une commission spéciale chargée des citoyens marocains à l'étranger,de tenir de maniéré urgente un congrès extraordinaire pour modifier les statuts,sous peine de dissolution de ces partis.
  • Interdire de manière stricte aux partis politiques marocains d'envoyer des délégations pour contacter les MRE dans les pays d'accueil (y compris pour les causes nationales) et interdire aux MRE tout contact et encore moins,de mener des activités avec ces partis politiques marocains.
  • Revenir aux années de plomb pour respecter le caractère unitaire de la communauté ,son apolitisme et surveiller tous les contrevenants.Des Amicales ( de préférence de gauche cette fois-ci),sont à recréer,à subventionner en priorité par le CCME pour assurer scrupuleusement cette veille..
Ayons par conséquent l'honnêteté intellectuelle de reconnaître la profondeur et la portée hautement stratégique de l'interview en question et de la Fatwa qu'elle comporte,ainsi que le courage politique d'adhérer sans réserve à ses conclusions pratiques,qui révolutionnent la gouvernance démocratique du dossier MRE,et même la notion de citoyenneté tout court.

Mais pour être objectif,juste et ne pas créer de jaloux,relevons également de manière favorable un article à la sauce niçoise ,mais inspiré visiblement par un certain numéro 3 et paru sur le site du CCME,qui préconise dans la même logique précédente de dépolitiser le dossier MRE,de le soustraire gouvernementalement aux partis politiques et de confier sa gestion à un Haut commissariat.Du coup,on réglera au mieux la question de la succession de la direction du CCME en ayant d'un côté un calife et de l'autre un commissaire,qui pourra également avoir dans ses attributions,la surveillance des activités et même pourquoi pas,des idées politiques des citoyens marocains à l'étranger.

Du coup,si le chef du gouvernement ne veut pas maintenant s'attirer plus directement et de manière plus frontale les foudres du numéro 3,il ne lui reste plus qu'à procéder à un remaniement "technique" du gouvernement Benkirane II.

Sauf que,en plus d'une crise politique inéluctable avec le parti de la colombe et la remise en cause de l'équilibre bien fragile de la majorité,une autre limite est à l'horizon.Ce schéma risque d'être non fonctionnel ,si on fait intervenir la nécessaire parité !

Abdelkrim Belguendouz
Universitaire à Rabat ,chercheur spécialisé en migration


0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

 
Top