Le rapport Tuot, intitulé « La Grande Nation : pour une Société inclusive », n’apporte rien de nouveau. Il ressasse les poncifs éculés sur l’intégration. Il se donne un air critique en faisant un copié-collé des études constatant l’échec permanent des politiques dites d’intégration, totalement décrochées de la réalité.

Le rapport Tuot* repêche, malgré tout, la notion d’intégration, la définissant comme « un phénomène social par lequel se dissipe le rôle majeur de l’origine comme facteur des difficultés sociales rencontrées par une personne donnée ». La formule est autant ronflante que creuse. Il oublie que toute personne soumise à l’intégration se retrouve avec un statut de paria, elle est désignée comme un être inférieur, au plus bas de l’échelle sociale. L’intégration n’a jamais été autre chose qu’une fabrique d’exclusion.

Genèse de la notion d’intégration.

Au XIXème siècle, le gouvernement du Second Empire demanda à des sociologues positivistes de lui proposer des mesures pour pacifier les populations indigènes d’Algérie en pleine rébellion. Ces savants élaborèrent un schéma en 3 phases : insertion – intégration – assimilation. La phase d’insertion concernait tous les Algériens aptes au travail dans l’industrie, l’agriculture et l’armée. La phase d’intégration ouvrait l’accès aux écoles primaires et secondaires pour former des petits cadres et des agents administratifs. La phase d’assimilation était réservée à une élite Algérienne ayant droit aux études supérieures et au privilège de la citoyenneté Française.

La notion d’intégration est, de ce fait, sémantiquement et politiquement marqué par son histoire coloniale. Soumettre des populations Françaises, ou immigrées de longue date, au processus d’intégration, c’est les catégoriser d’office comme citoyens de seconde zone.

La notion de Grande Nation
L’intitulé même de la Commission Tuot ressuscite le calamiteux débat sur l’identité nationale et ses relents de racisme et de xénophobie. « La préférence nationale » n’est pas loin. Pire, le rapport ressort le drapeau de Grande Nation de triste mémoire. La Grande Nation, une notion napoléonienne reprise par Charles Maurras dans sa formule Grande France, évoque le territoire élargi à ses possessions coloniales. Faut-il rappeler à Monsieur Thierry Tuot la sentence du Prix Nobel Mario Vargas Llosa : "Définir un individu par son appartenance à une nation, c'est une forme extrême de bêtise."

La notion de Société inclusive.
Mais, le rapport Tuot n’en reste pas là. Il présente la notion de Société inclusive comme une panacée universelle et prétend l’institutionnaliser. Il oublie, tout d’abord, de rappeler l’étymologie du mot « inclusion », du latin « inclusio », qui signifie, ni plus ni moins, « emprisonnement », « enfermement ». Faut-il rappeler que Grande Nation est une notion napoléonienne, reprise par Charles Maurras dans sa formule Grande France, évoque le territoire élargi à ses possessions coloniales. Monsieur Tuot oublie que la théorie d’inclusion sociale a été développée dans les pays anglo-saxons pour récupérer dans les minorités ethniques les enfants surdoués afin de les intégrer comme serviteurs de l’élite dirigeante. Et nous voilà repartis dans le manège de la discrimination positive !

La notion d’inclusion sociale a été introduite par le sociologue allemand Niklas Luhmann, 1927-1998, (Niklas Luhmann : systèmes sociaux : esquisse d’une théorie générale, Presses Universitaires de Laval, 2010), dans le cadre des rapports entre individus et système social établi, entre singularité subjective et structure culturelle cloisonnée, d’où il ressort que les résidents, venus d’ailleurs, doivent s’acculturer, se dépersonnaliser et se couler dans le moule dominant de la Société d’accueil. Les critères pour cette sélection sociale sont suffisamment éloquents : aisance matérielle, opportunités de développement humain, implication dans des projets reproducteurs de l’ordre établi. La Société Française n’est pas communautariste à l’instar des Sociétés anglo-saxonnes ou s’est développée la notion de Société inclusive, parallèlement à la discrimination positive, qui ont montré, au fur et à mesure de leur mise en pratique, leurs effets pervers.

La Société inclusive, paradigme illusoire, est un non-sens sociologique et une aberration politique. Les principes républicains d’égalité des droits, qui fondent la Société Française sont aux antipodes de cette approche élitaire. Ces principes, gravés dans le marbre de la constitution, consacrent la Société diversitaire, une et indivisible dans sa pluralité.

Faut-il rappeler à Monsieur Tuot que l’égalité entre tous les citoyens, gravée dans le marbre de la Constitution, passe d’abord par le bannissement du mot « intégration », et de ses synonymes « insertion », « assimilation », « inclusion » de tous les discours officiels. Ces notions n’ont de place, par devoir de mémoire, que dans le musée des horreurs.

On ne construit pas une politique sociale résolument nouvelle, ouverte sur l’avenir, sur les décombres du passé. Le rapport Tuot ne propose finalement, au prix d’un ravalement de façade, qu’un rafistolage de structures vermoulues, et toujours la même vieille politique sanctionnée par l’échec. Le texte lui-même n’est qu’un patchwork de contributions hétéroclites, cousues les unes aux autres sans aucune cohérence.

Monsieur Thierry Tuot se plait, depuis longtemps déjà, à accumuler les missions officielles. N’est-il pas, en même temps, maître d’œuvre de la réforme du code minier commandé par le Premier ministre, rapporteur de la Commission sur l’Hôtel de la Marine, coordinateur du Conseil Stratégique des Industries de Santé… Comment peut-il, si compétent et si respectable soit-il, assumer autant de responsabilités ? N’est-il pas réduit à sous-traiter ses rapports par des apprentis politologues en manque d’expérience ?

Mustapha Saha
Sociologue, poète, artiste peintre 

* Lire le rapport de Thierry Tuot "La grande nation pour une société inclusive" :

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

 
Top