Avant de renouveler son passeport, l'Algérien, aujourd'hui, doit donc prouver qu'il est le fils et le petit-fils de... Une vraie galère, d'autant plus que les divisions administratives et la toponymie du pays ont changé mille fois, au gré des humeurs des coordinateurs du FLN, le toujours parti unique ainsi que de celles des présidents, des walis, des maires, et nous en passons !



Pire! Depuis la colonisation, on a transcrit les patronymes algériens avec une désinvolture effarante, quelquefois. Tout dépendait de la compétence des agents municipaux. Dans les mêmes familles, des noms de frères et de sœurs ont été de cinq, voire dix manières différentes.

Djema, Djemâa, Djemai, Djemia... Belkeddour, Benkeddour, Benkeddoure...Tahar, Tahir, Tahri...Nous pouvons citer des centaines de milliers d'orthographes chahutées par les agents de mairie coloniaux, puis les secrétaires des baladias algériennes. Tout ce capharnaum, auquel personne ne faisait attention durant les années d'insouciance s'est compliqué avec l'avènement de la généralisation de l'arabisation.

Non seulement, les noms de famille ont été triturés, transfigurés, torturés mais aussi les lieux de naissance. Chus, dans la même ville, les uns sont dits nés à Blida, les autres à El Bouleida, les uns à Médéa, les autres, à Lemdddeya, les uns à Alger, les autres à El Djazaïr...

De la même famille, de la même tribu, du même, âarch, de la même ascendance ou descendance, les enfants, aujourd'hui éparpillés sur la planète, se retrouvent affublés indifféremment des préfixes Ben, Ould ou Ait... Jusque là, tout roulait mais depuis que Bush, sérieusement énervé par l'anéantissement des "twin towers", a décidé que plus personne ne voyagerait à travers la planète sans un passeport biométrique, l'Algérie, plus royaliste que le roi comme à son habitude, a inventé le "12S". Elle demande aux Algériens bédouins, SNP, ou nés présumés de prouver de a à z qu'ils sont bien Algériens.

Le nom de mon père s'écrit avec deux "r", pas le mien. A un "r" prés, je serai donc bien son fils... Je suis aussi né présumé en 1955. Ma mère parle de l'automne, mon père évoque l'hiver, qu'en dira le "12S"?

L'Etat algérien très enclin à faire le dos rond devant ceux qui achètent son gaz a crée un merdier monumental et coûteux. En dehors de la tourmente que nos vaillants décideurs ont provoquée au pays, mesurent-ils l'étendue des dégâts que tout cela induit au sein de la communauté émigrée ? L'Algérie a mis quelques dix millions d'Algériens –bi-nationaux y compris- aux abois. Après avoir vécu treize années d'éteignoir et l'autorisation de sortie du territoire sous Boumédiene, après avoir connu les interdictions de passeports sous Chadli, après avoir connu le fichage et le harcèlement policier, toujours de mise, l'Algérien se retrouve, désormais, obligé pour avoir un passeport, d'être en mesure de dessiner son arbre généalogique. Venant d'un troupeau dont le berger, Bouteflika, est né à Oujda, à une date et en un lieu douteux, on peut dire qu'on a touché le pompon !
Que ne nous a-t-on demandé le "12S" lorsqu'en 1975, on nous a envoyés au casse-pipe du côté de Tindouf ?
A l'instar de mon ami Hakim Lâalam, je réclame la fin du cauchemar!

Meziane Ourad
http://www.lematindz.net/

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

 
Top