Chère Liberté,
(pour information, La Liberté est le premier quotidien du canton de Fribourg, en Suisse)

Jadis, au petit matin, sur la terrasse d’un café, entre les croissants chauds et les cigarettes -désormais taboues-, ils se les échangeaient, tes cahiers.

Le foot contre le monde, la page jeune contre l’info, c’était all eyes on you et toutes les mains sur toi... Une vraie Marylin Monroe du café de la presse. Aujourd’hui tu te sens délaissée, triste de te remémorer tes heures de gloire déclinées au passé. Pourtant battante, tu contre-attaques tes cybers concurrentes et te lances sur la toile et les réseaux sociaux, la tête haute et le regard fier criant : « Vous ne m’oublierez pas de si tôt ». 

Et désormais, plus même besoin d’aller à toi, de prendre le temps de farfouiller entre tes pages. En femme moderne, tu prends les devants. Oh ! Ma Liberté, farouche, voilà que tu t’offres à nous sans effort, t’immisçant dès l’aube dans notre lit par le biais d’un smart phone, et prenant la pose que nous avions secrètement désirée. 

Ce matin, j’ouvre les yeux et mon WhatsApp : une âme bienveillante, poussée par les volontés les plus avenantes m’envoie un article du jour en photo « Liban, je t’aime… moi non plus ». Le titre me parle. Tu m’as convaincu. Je te lis. Ou plutôt devrais-je dire je te regarde, car en toute bonne séductrice tu sais miser sur les apparences et attire ta cible à coup d’images. 

Mais d’où vient cette photo ? Un article sur le Liban, certes, rien de moins inspirant… Mais pourquoi l’accompagner d’une photographie mettant en scène des enfants portants le foulard palestinien ? Bon… Et puis peut-être a-t-elle été prise dans l’un des douze camps libanais officiels hébergeant des réfugiés palestiniens…peut-être. Cependant l’article n’en souffle pas un mot et la photo ne porte guère de légende. Ce ne serra pas le seul amalgame de l’article, qui entre shisha, problèmes politiques, conflits religieux, question israélienne, Hezbollah, rébellion syrienne, cèdres, accueil et mezzés, réussit à réunir tous les clichés libanais en quelques paragraphes concis. 

Tout cela partait d’une jolie intention, mais comme trop souvent, nous avons l’impression que le journaliste fait du patchwork, en posant bout-à-bout des mots éloquents et en nommant les sujets, sans jamais en développer, un tantinet soit peu, ne serait-ce qu’un seul. Et puis quelle désillusion, lorsque, ma lecture finie, je remarque que les « milles façons de se faire aimer », si elles ont parfois été citées, séparées les unes des autres par des virgules, n’ont jamais été éclairées, racontées, explicitées, ou –rêvons tant que nous sommes encore jeunes- approfondies. Dommage, il y avait pourtant de quoi écrire ! Après avoir fait l’étalage des problèmes et avoir essayé de saisir le fascinant contraste que lui oppose la vie libanaise quotidienne, il me semble qu’un assemblage de quatre lettres manquait cependant à votre vocabulaire : la fête.

Chère Liberté, nous croisons trop de copies conformes, aux artifices brillants de mille feux, déambulant la rue de Lausanne perchées sur leurs talons hauts. S’il te plait, mets-toi au goût du jour si ça te chante ou, comme Dalida, un peu plus de noir sur tes yeux, mais...sous ton apparence charmeuse,... j'attendais mieux.
Cf l'article dont il est question : http://www.laliberte.ch/autrementdi...

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